Comment ça marche · L'IA · module en construction

Les IA qui écrivent

Mis à jour le . Ce sujet évolue vite (modèles, chiffres des entreprises, règlement européen) : vérifie s'il y a du nouveau depuis cette date.

Les assistants comme ChatGPT, Gemini ou Le Chat semblent penser. En réalité, ils font une seule chose, très bien : deviner la suite d'un texte. Démontons la machine, pièce par pièce, avec un vrai petit modèle qui tourne dans ton navigateur.

Choisis ton niveau et ta façon de lire : tu peux en changer à tout moment.

Étape 0 : Deviner le mot suivant

Notre petit modèle a lu 38 phrases. Après « le chat », il a vu : « dort » 3 fois (50 %), « regarde » 2 fois (33 %), « mange » 1 fois (17 %). Il prédit donc « dort » le plus souvent, mais pas toujours.

🟢 Découverte

Un assistant d'IA n'a pas de réponse toute faite. Il écrit sa réponse un morceau après l'autre, en devinant à chaque fois ce qui vient le plus probablement après. Le petit modèle ci-dessus fait exactement cela, après avoir lu seulement quelques dizaines de phrases.

🟡 Curieux

C'est un modèle de langageModèle de langage — Programme qui, pour un début de texte, calcule la probabilité de chaque suite possible. Les grands modèles de langage (LLM) sont ceux qui font tourner les assistants comme ChatGPT, Gemini ou Le Chat. : pour un début de texte, il donne une probabilité à chaque suite possible. Le nôtre se contente de compter quel mot suit quels deux mots dans ses lectures. Les grands modèles, eux, calculent ces probabilités avec des milliards de nombres réglés pendant l'entraînement, et tiennent compte de tout ce qui précède, pas seulement des deux derniers mots.

🔴 Ingénieur

Notre modèle est un « n-gramme » (ici n = 3 : deux mots de contexte, avec repli sur un seul mot quand le contexte n'a jamais été vu). Un grand modèle de langage calcule, à partir de toute la séquence, une distribution de probabilités sur son vocabulaire de tokens, en tire un, l'ajoute à la séquence, et recommence : on dit qu'il est autorégressif.

Un peu d'histoire

Le 23 janvier 1913, à Saint-Pétersbourg, le mathématicien Andreï Markov recopie à la main les 20 000 premières lettres d'Eugène Onéguine, le roman de Pouchkine, et compte voyelles et consonnes : il montre qu'une lettre dépend de celle qui la précède. Ce sont les « chaînes de Markov », lointaines ancêtres des modèles de langage. En 1948, aux États-Unis, Claude Shannon fabrique du « faux anglais » en tirant des lettres, puis des mots, selon ce qui les suit d'habitude : plus le contexte est long, plus le texte sonne anglais… sans rien vouloir dire.

Vérifie toi-même

Tape un début de phrase avec un mot que le modèle n'a jamais lu (« le dragon ») : il ne sait plus rien prédire. Il ne connaît que ce qu'il a lu.

Idées reçues

« L'IA comprend ce qu'elle dit. » Elle calcule ce qui vient le plus probablement après. Le résultat peut être juste, utile, impressionnant… ou faux avec aplomb : rien dans ce calcul ne vérifie que c'est vrai. Le piège est ancien : en 1966, au MIT, Joseph Weizenbaum publie ELIZA, un programme qui se contente de reformuler les phrases tapées. Il note que « certaines personnes ont eu beaucoup de mal à être convaincues qu'ELIZA n'est pas humain ». On appelle aujourd'hui « effet ELIZA » cette tendance à prêter de la compréhension à une machine qui produit des phrases plausibles.

Étape 1 : Découper le texte en tokens

L'algorithme BPE part des lettres, puis fusionne la paire de symboles voisins la plus fréquente, encore et encore. Sur notre petit corpus, la première fusion colle « ▁ » (le début d'un mot) et « l », la deuxième « ▁l » et « e »… Après 60 fusions, « les chattes dormaient » se découpe en 10 tokens : ▁les | ▁chat | t | es | ▁do | r | m | a | i | ent.

🟢 Découverte

Un ordinateur ne calcule qu'avec des nombres. Avant tout, le texte est donc découpé en petits morceaux, les tokensToken — Morceau de texte (un mot courant, un bout de mot, un signe) que le modèle de langage manipule sous forme de numéro. Les modèles lisent et écrivent token par token., et chaque morceau reçoit un numéro. Un token, c'est souvent un mot courant, ou un bout de mot rare.

🟡 Curieux

Le découpage est appris à l'avance : on part des lettres, et l'on fusionne les paires les plus fréquentes, jusqu'à obtenir un vocabulaire de quelques dizaines à quelques centaines de milliers de tokens (50 257 pour GPT-2, environ 128 000 pour Llama 3). Les mots fréquents tiennent en un token ; les mots rares, en plusieurs.

🔴 Ingénieur

L'algorithme s'appelle BPE (byte pair encoding). Les vrais tokeniseurs partent des octets du texte encodé en UTF-8 plutôt que des lettres : ainsi, aucun caractère n'est jamais inconnu. Le modèle ne voit jamais les lettres, seulement des numéros de tokens.

Un peu d'histoire

L'algorithme BPE est d'abord une méthode de compression de données, publiée par Philip Gage en 1994. En 2016, Rico Sennrich, Barry Haddow et Alexandra Birch l'adaptent au découpage des mots pour la traduction automatique.

Qui décide ?

Chaque entreprise construit le tokeniseur de ses modèles, surtout à partir de textes en anglais. Résultat, mesuré en 2023 : un même texte demande environ 1,6 fois plus de tokens en français qu'en anglais avec le tokeniseur de ChatGPT et GPT-4, et jusqu'à 15 fois plus pour certaines langues. Plus de tokens, c'est plus de calcul, et souvent plus cher.

Vérifie toi-même

Tape « anticonstitutionnellement » : notre petit tokeniseur le découpe en nombreux morceaux, parce qu'il ne l'a jamais lu.

Étape 2 : Les mots deviennent des points

Sur cette carte (dessinée à la main), chaque mot est un point : à gauche le masculin, à droite le féminin ; en haut la royauté, en bas les animaux. Le calcul « roi − homme + femme » arrive pile sur « reine ». Mais pour « chat − chien + chienne », le point le plus proche est… « chienne », un des mots de départ : il faut l'exclure pour trouver « chatte ».

🟢 Découverte

Chaque token est ensuite transformé en une liste de nombres, comme des coordonnées sur une carte. Les mots de sens proche se retrouvent près les uns des autres.

🟡 Curieux

Ces coordonnées s'appellent des plongementsPlongement (embedding) — Liste de nombres qui représente un token, comme des coordonnées : des mots de sens proche ont des plongements proches. Ils sont appris, pas choisis à la main. (embeddings). Personne ne les choisit à la main : elles sont apprises en observant quels mots apparaissent dans les mêmes contextes. Mais une carte apprise sur des textes humains reproduit aussi leurs stéréotypes.

🔴 Ingénieur

Un plongement est un vecteur de quelques centaines à quelques milliers de dimensions. La proximité se mesure souvent par le cosinus de l'angle entre deux vecteurs. Les célèbres analogies (« roi − homme + femme ≈ reine ») marchent bien pour certaines relations (pays et capitales, conjugaisons), beaucoup moins pour d'autres. Et les programmes d'évaluation excluent d'office les mots de la question : sans cette règle, le point le plus proche est le plus souvent… « roi » lui-même.

Un peu d'histoire

En 2013, chez Google, Tomas Mikolov et ses collègues publient word2vec, qui apprend des plongements à partir de milliards de mots, et montrent l'exemple « king − man + woman ≈ queen ». En 2016 et 2017, plusieurs équipes mesurent les stéréotypes que ces plongements ont appris : l'une titre « Man is to Computer Programmer as Woman is to Homemaker? ». Les corriger les atténue, sans les supprimer.

Bien avant, à Cambridge, la linguiste et philosophe Margaret Masterman fonde le Cambridge Language Research Unit, l'un des tout premiers centres de linguistique informatique. Son équipe représente le sens par des concepts reliés entre eux, les « réseaux sémantiques », pour la traduction automatique. Karen Spärck Jones, qui y fait ses débuts, invente en 1972 une façon de pondérer les mots selon leur rareté, toujours au cœur des moteurs de recherche.

Vérifie toi-même

Clique sur un mot de la carte pour voir ses voisins, puis essaie « chat − chien + chienne ».

Étape 3 : Apprendre : des milliards de réglages

🟢 Découverte

Les calculs du modèle sont faits par des milliards de neurones artificielsNeurone artificiel — Petite formule : il multiplie chacune de ses entrées par un poids, additionne, puis transforme le résultat. Des milliards de neurones, organisés en couches, forment un réseau de neurones. : de petites formules qui multiplient des nombres par des « poids ». Au début, les poids sont pris au hasard et le modèle dit n'importe quoi. On lui montre un texte, il devine le mot suivant, on mesure son erreur, et l'on corrige un peu tous ses poids dans le bon sens. Puis on recommence, des milliards de fois.

🟡 Curieux

Les poids sont les paramètresParamètre — Nombre réglé pendant l'apprentissage, comme les poids des neurones. Un grand modèle de langage en compte des milliards. du modèle. Pour savoir dans quel sens les corriger, on calcule la pente de l'erreur : c'est la descente de gradientDescente de gradient — Méthode d'apprentissage : on mesure l'erreur du modèle, on calcule dans quel sens elle diminue (la pente), et l'on corrige un peu les paramètres dans ce sens. On recommence des milliards de fois.. Le module « Comment apprend une machine » montre tout cela en détail : un neurone qu'on règle à la main, une descente de gradient, un réseau qui apprend sous tes yeux.

🔴 Ingénieur

L'erreur est mesurée par l'entropie croisée entre la prédiction et le vrai token suivant. La rétropropagation calcule la pente par rapport à chacun des milliards de paramètres, couche par couche, de la sortie vers l'entrée. On ajuste par petits paquets d'exemples : c'est la descente de gradient stochastique. Un grand modèle de langage, ce sont surtout d'immenses multiplications de matrices.

Idées reçues

« Un réseau de neurones fonctionne comme un cerveau. » Le neurone artificiel est une formule très simplifiée, à peine inspirée des neurones biologiques.

Étape 4 : L'attention

Dans « le chat ne traverse pas le pont car il est trop fatigué », le mot « il » porte surtout son attention sur « chat ». Remplace « fatigué » par « étroit » : « il » regarde alors surtout « pont ». Le modèle mélange les informations des mots regardés, en proportion de ces poids d'attention.

🟢 Découverte

Pour bien deviner la suite, il faut savoir de quoi parle chaque mot. « Il », c'est qui ? L'attentionAttention — Mécanisme qui permet à chaque token de « regarder » les autres tokens du texte et d'y prendre les informations utiles, par exemple pour savoir à qui renvoie « il ». permet à chaque mot de regarder les autres mots de la phrase et d'y prendre ce qui l'aide à se comprendre.

🟡 Curieux

Chaque mot pose une question (sa « requête ») et chaque mot affiche une étiquette (sa « clé ») : plus elles se ressemblent, plus l'attention est forte. Le mot récupère alors un mélange des informations des mots qu'il regarde. C'est la pièce maîtresse des transformeursTransformeur (transformer) — Architecture de réseau de neurones fondée sur l'attention, publiée en 2017. C'est celle de tous les grands modèles de langage actuels (le T de GPT)., l'architecture de tous les grands modèles de langage actuels.

🔴 Ingénieur

Attention(Q, K, V) = softmax(QKᵀ / √dₖ) V : chaque token produit une requête Q, une clé K et une valeur V ; on compare sa requête aux clés de tous les tokens, le softmax donne des poids qui somment à 1, et l'on fait la moyenne des valeurs avec ces poids. Chaque couche contient plusieurs « têtes » en parallèle (8 dans l'article de 2017), chacune pouvant repérer un type de relation différent, et un modèle empile des dizaines de couches. Dans un modèle qui génère du texte, chaque token ne peut regarder que les tokens qui le précèdent.

Un peu d'histoire

En 2014, Dzmitry Bahdanau, Kyunghyun Cho et Yoshua Bengio inventent l'attention pour la traduction automatique : pour produire chaque mot traduit, le réseau « cherche » les mots utiles dans la phrase de départ. En 2017, huit chercheuses et chercheurs, pour la plupart chez Google, Ashish Vaswani, Noam Shazeer, Niki Parmar, Jakob Uszkoreit, Llion Jones, Aidan Gomez, Łukasz Kaiser et Illia Polosukhin, publient « Attention Is All You Need » : le transformeur, qui ne repose que sur l'attention. Les modèles GPT grandissent ensuite très vite : 1,5 milliard de paramètres pour GPT-2 (2019), 175 milliards pour GPT-3 (2020).

Vérifie toi-même

Change le dernier mot de la phrase : « fatigué » ou « étroit ». Le même « il » ne regarde plus le même mot.

Étape 5 : Écrire : un peu de hasard

Au début d’une phrase, après « le », notre modèle donne « chat » 32 %, « chien » 26 %, « boulanger » 11 %… À basse température, il choisit presque toujours le mot le plus probable : les phrases se répètent. À haute température, les mots rares ont leur chance : plus de variété, mais aussi plus de phrases bizarres. Les assistants conversationnels laissent toujours une part de hasard : c'est pourquoi la même question n'obtient pas deux fois la même réponse.

🟢 Découverte

Le modèle ne choisit pas toujours le mot le plus probable : il tire au sort, en favorisant les mots probables. C'est pour cela qu'une même question n'obtient pas deux fois exactement la même réponse.

🟡 Curieux

La températureTempérature — Réglage de la part de hasard quand le modèle choisit le token suivant : basse, il prend presque toujours le plus probable ; haute, il ose des choix moins probables. règle la dose de hasard. Basse : le modèle est prévisible et se répète. Haute : il est plus inventif, mais déraille plus facilement.

🔴 Ingénieur

On divise les scores (les « logits ») par la température T avant le softmax : p = softmax(z / T). T → 0 revient à toujours prendre le plus probable. D'autres réglages limitent le tirage aux k mots les plus probables (top-k) ou à ceux qui totalisent une probabilité p (top-p).

Un peu d'histoire

Le mot « hallucination » est une métaphore discutée : le modèle ne perçoit rien. En 2025, des chercheurs d'OpenAI et de Georgia Tech proposent une explication : un modèle qui imite des textes se trompe forcément sur les faits rares, vus une seule fois ; et les tests habituels, qui notent zéro un « je ne sais pas » comme une erreur, l'incitent à deviner plutôt qu'à avouer son incertitude. C'est une analyse parmi d'autres : la question reste ouverte.

Faire écrire des textes à une machine est un vieux champ de recherche : Kathleen McKeown, professeure à l'université Columbia, est une pionnière de la génération automatique de texte et du résumé automatique.

Idées reçues

« Quand l'IA invente, c'est un bug qu'on va bientôt corriger. » Le modèle produit toujours le texte le plus vraisemblable, pas le plus vrai. Une réponse inventée mais plausible, ce qu'on appelle une hallucinationHallucination — Réponse fausse mais formulée de façon plausible et assurée, produite par un modèle d'IA. Elle découle du fonctionnement même du modèle, qui produit du vraisemblable, pas du vérifié., est une conséquence directe de ce fonctionnement. On peut la rendre plus rare, pas la supprimer à coup sûr.

Étape 6 : Les coulisses : des humains et des machines

  1. Rassembler des textes. On collecte d'immenses quantités de textes : pages web, livres, code, articles, puis on les nettoie. GPT-2 (2019) a appris sur environ 40 Go de texte tiré de 8 millions de pages web ; pour Llama 3 (2024), Meta annonce plus de 15 000 milliards de tokens, dont à peine plus de 5 % dans une autre langue que l'anglais. La liste exacte des textes n'est en général pas publiée. Qui ? Des robots d’indexation, des équipes d’ingénierie… et les autrices et auteurs de tous ces textes, rarement consulté·es.
  2. Pré-entraîner. Le modèle lit ces textes et s'entraîne à deviner le token suivant, des milliers de milliards de fois. À chaque erreur, la descente de gradient ajuste un peu ses paramètres : 1,5 milliard pour GPT-2 (2019), 175 milliards pour GPT-3 (2020), entraîné sur 300 milliards de tokens. Qui ? Des milliers de processeurs graphiques qui tournent pendant des semaines, dans des centres de données qui consomment de l’électricité et de l’eau.
  3. Ajuster avec des humains. Un modèle qui ne fait que prolonger des textes n'est pas un assistant. Des personnes écrivent des exemples de bonnes réponses et classent les réponses du modèle ; on l'entraîne encore pour qu'il préfère celles qui sont jugées meilleures. Pour InstructGPT (2022), ces préférences étaient celles d'une quarantaine d'annotatrices et d'annotateurs. Qui ? Des annotatrices et annotateurs, souvent sous-traité·es, parfois dans des pays où ce travail est très mal payé.
  4. Filtrer. On ajoute des garde-fous : refuser certaines demandes, repérer les contenus violents ou illégaux. Pour apprendre à les reconnaître, des humains doivent d'abord les lire et les étiqueter. Qui ? Des modératrices et modérateurs, exposé·es à des contenus parfois traumatisants.
  5. Répondre. Quand tu poses une question, ton texte est découpé en tokens, et le modèle calcule le token suivant, puis le suivant… Chaque token demande un calcul qui fait intervenir tous ses paramètres. Qui ? Encore des processeurs graphiques, dans un centre de données, pour chacune des questions posées dans le monde.

🟢 Découverte

Derrière chaque réponse, il y a des textes écrits par des millions de personnes, des centres de données pleins de processeurs, et des travailleuses et travailleurs qui annotent et modèrent, souvent loin des projecteurs.

🟡 Curieux

Après le pré-entraînement, le modèle est ajusté avec l'aide d'humains, qui montrent de bonnes réponses et classent celles du modèle. C'est ce qui le transforme en assistant qui répond aux questions, plutôt qu'en machine qui prolonge n'importe quel texte.

🔴 Ingénieur

Cette étape s'appelle souvent RLHF (reinforcement learning from human feedback) : un second modèle, le « modèle de récompense », apprend à prédire les préférences humaines, et sert à affiner le premier par apprentissage par renforcement. Avec InstructGPT (2022), les réponses d'un modèle 100 fois plus petit que GPT-3 ont été préférées à celles de GPT-3. Mais ces préférences sont celles d'un petit groupe de personnes, pas des « valeurs humaines » universelles.

Un peu d'histoire

En 2009, Fei-Fei Li et son équipe publient ImageNet, une base d'images annotées à la main par des milliers de travailleurs et travailleuses en ligne. En 2018, Joy Buolamwini et Timnit Gebru montrent que des systèmes commerciaux d'analyse de visages se trompent bien plus souvent pour les femmes à peau foncée que pour les hommes à peau claire. Dès 2013, Latanya Sweeney avait montré qu'une recherche Google sur un prénom associé aux personnes noires affichait bien plus souvent des publicités suggérant un casier judiciaire.

L'anthropologue Mary L. Gray et l'informaticien Siddharth Suri appellent « travail fantôme » (Ghost Work, 2019) ce travail humain invisible. La sociologue Milagros Miceli l'étudie en Argentine et au Venezuela, puis lance avec l'institut DAIR une enquête menée par les travailleuses et travailleurs eux-mêmes. Au Kenya, le 1ᵉʳ mai 2023, plus de 150 modératrices et modérateurs de contenus, employés par des sous-traitants de Meta, TikTok et OpenAI, votent la création d'un syndicat.

Qui décide ?

Les lois. Le règlement européen sur l'IA (AI Act, règlement (UE) 2024/1689) classe les usages selon leur niveau de risque. Depuis le 2 février 2025, certaines pratiques sont interdites, comme la notation sociale ; depuis le 2 août 2025, des règles s'appliquent aux modèles « à usage général » des grands assistants. En 2026, un règlement de simplification a repoussé à 2027 et 2028 les règles sur les systèmes « à haut risque ».

Ouvert ou fermé ? Certains modèles publient leurs paramètres (« poids ouverts ») : Mistral AI (France) pour Mistral 7B en 2023, DeepSeek (Chine) pour R1 en 2025, sous des licences libres. Meta présente ses modèles Llama comme « open source », mais l'Open Source Initiative le conteste à cause des restrictions de leur licence ; sa définition (octobre 2024) exige aussi le code d'entraînement et une description détaillée des données. D'autres modèles restent entièrement fermés.

L'énergie. Selon l'Agence internationale de l'énergie, les centres de données (pour l'IA et tout le reste) ont consommé environ 415 TWh d'électricité en 2024, environ 1,5 % de l'électricité mondiale ; elle en prévoit environ 945 TWh en 2030, l'IA étant le premier moteur de la hausse. Des chercheurs de l'université de Californie estiment que l'entraînement de GPT-3 a pu évaporer environ 700 000 litres d'eau douce.

Et quand tu parles à un assistant ?

Chaque moment d'une conversation correspond à une étape que tu connais maintenant.

Ce qui se passeL'étape
Ta question est découpée en morceaux numérotés1 — Les tokens
Chaque morceau devient une liste de nombres2 — Les plongements
Chaque mot regarde les autres pour se comprendre5 — L'attention
Des milliards de neurones calculent les probabilités du token suivant3 — Le neurone et 0 — Le mot suivant
Un token est tiré au sort, ajouté, et l'on recommence6 — Écrire
La réponse a l'air serviable et polie7 — Les coulisses : l'ajustement par des humains